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10/12/2007

Tunisie : le Président de la Confédération Algérienne du Patronat : «Il ne faut pas diaboliser l'Asie»

M. Boualem M’Rakach, Président de la Confédération Algérienne du Patronat : «Il ne faut pas diaboliser l'Asie»   

The Adviser – Tunisie-Propos recueillis par Ghada KAMMOUN

On pourrait dire que l’évènement le plus important du nouveau siècle est la montée en puissance non seulement de la Chine et de l’Inde, mais de l’Asie tout entière. Des spécialistes de l’économie disent même que le centre de gravité de l’économie mondiale se déplace vers cette zone géographique.

Quelle attitude les Maghrébins doivent-ils adopter à l’égard de ce «géant» ? Quel rôle pour le volet économique (notamment après la création de l’Union maghrébine des employeurs) dans l’aide à faire sortir l’UMA de l’impasse politique dans laquelle elle se trouve ?

Ce sont ces questions que nous avons discuté avec M. Boualem M’Rakach, Président de la Confédération Algérienne du Patronat, qui était présent à la 22ème session des journées de l’entreprise.

Q : Depuis deux ans, le Maghreb est le théâtre de flux de capitaux maghrébins en provenance et vers les différents pays de l’UMA, à l’exception de l’Algérie. Votre pays est en train de recevoir des investissements maghrébins mais on ne voit pas d’Algériens investir dans les autres pays de la région. Comment expliquez-vous cela ?

Boualem M’Rakach : Effectivement, mais notons d’abord qu’il y a quelques capitaux maghrébins, il y a beaucoup plus de capitaux arabes qui viennent en Algérie et nous le regrettons, compte tenu du programme qui a été lancé et qui se situe à plus de 140 milliards de dollars, c’est une commande publique. Nous pensons que ceci devrait favoriser nos amis maghrébins. Quand on dit nos amis maghrébins, on pense particulièrement à la Tunisie , au Maroc, un peu moins à la Mauritanie et un peu moins à la Libye.

Les dispositions légales et réglementaires permettent à nos frères maghrébins de venir investir en Algérie sans aucune forme particulière, ils ont le même droit qu’un Algérien. Le code des investissements algérien est très clair, il n’y a aucune restriction.

Pour les opérateurs algériens, ils ne vont pas dans l’autre sens. Il faut dire que le programme algérien est extrêmement attractif, et ce sont des opérateurs d’abord et avant tout, donc un opérateur, quel qu’il soit, n’est pas un homme de pouvoir public qui pense à des actions diplomatiques et politiques. Il pense d’abord et avant tout à faire fructifier son projet et à agir dans le cadre de l’expansion de son entreprise.

Néanmoins, il y a aujourd’hui une nouvelle vision, une nouvelle démarche qui est en train de se développer, celle de travailler ensemble et communément dans un cadre maghrébin. Et c’est pour ça que les opérateurs du Maghreb ont pris la lourde tâche de prendre le taureau par les cornes et d’aller ensemble pour créer l’Union maghrébine des employeurs qui est l’union économique prévue dans le cadre des dispositifs du traité de l’UMA.

Nous voudrions qu’il y ait un véritable travail de profondeur dans ce sens, des actions disons très minimes, je parle ici pour l’Algérie. L’investissement maghrébin est pratiquement nul par rapport à ce qu’il devrait être et pareil dans l’autre sens. Les efforts aussi sont pratiquement nuls.

Je pense qu’aujourd’hui, avec l’Union maghrébine des employeurs, nous avons de bonnes perspectives, les opérateurs tous ensemble ont de bonnes perspectives. Ils ont déjà mis en place un programme très pragmatique donc réalisable, c’est le plus important, il ne faut pas rester dans les nuages. Les 28 et le 29 novembre, il y a eu à Tunis une réunion avec la participation de trois ministres des Finances, de cinq gouverneurs des Banques centrales maghrébines, du Directeur général adjoint du FMI, du président de l’Union maghrébine des employeurs et des présidents des centrales patronales. Il semble qu’on ait pu dégager ensemble et communément une vision. Le FMI a pris à bras-le-corps cette question. On a parlé du rôle du secteur privé dans le développement économique et l’intégration régionale du Maghreb. Aujourd’hui, nous sommes en train d’aller plus loin, donc vous voyez bien qu’il y a une démarche forte, un message très puissant et je pense que nous allons pouvoir, dans les années à venir, arriver à de très bons résultats.

Cette dynamique peut-elle aider à faire sortir l’UMA de l’impasse politique dans laquelle elle se trouve ?

Tout le monde constate cet état et se désole. Dans le cadre d’une enquête menée, tout récemment, par l’Institut de stratégie algérien avec l’Union européenne, on a demandé aux personnes sondées : «Comment vous considérez-vous, Algérien ou Maghrébin ?» 67% des sondés ont répondu qu’ils étaient Maghrébins. C’est pour vous dire qu’il y a un grand espoir de se retrouver tous ensemble pour répondre au défi du millénaire, au défi de la mondialisation. Tout le monde est conscient de cette situation et c’est pour cela que nous faisons abstraction à toute autre action que l’action économique. Je pense que cette action sera bénéfique pour sortir de la léthargie, de la situation dans laquelle se trouve l’UMA.

Vous avez assisté aux débats des Journées de l’entreprise sur les relations Maghreb-Asie. Pour vous, quelle attitude les Maghrébins doivent-ils avoir à l’égard de ce géant ?

Le thème qui a été retenu par l’IACE est un thème très important et d’actualité. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui certaines zones voient en la zone Asie une zone dangereuse qui peut leur accaparer des parts de marché mondial. Nous ne pouvons pas dire que nous ne sommes pas concernés, parce qu’aujourd’hui avec la mondialisation, nous sommes forcément concernés. Nous devons être offensifs pour avoir notre petite place au sein de ces concerts.

Je ne crois pas qu’il faut, diaboliser cette zone. Ils ont eu le mérite d’accéder à un rang non négligeable aujourd’hui. Donc, s’il y a une particularité asiatique, elle doit être entrevue dans la démarche de la mondialisation, c’est l’offensif aujourd’hui du commerce international qui implique les uns et les autres dans le cadre d’une compétition, dans le cadre de la compétitivité. Je ne vois pas où est le danger, puisque nous-mêmes qui n’avons pas de capacités réelles pour pouvoir concurrencer ces pays, nous disons qu’il y a une ouverture, cette ouverture doit profiter à tout le monde, à la seule différence, nous le disons déjà aux Européens et aux autres pays occidentaux : «Messieurs, notre région ne doit pas être simplement le vivier d’opérations ponctuelles, elle doit être un partenaire noble au sens du terme».

Nos entreprises doivent entrer dans le cadre de l’expansion, il faudrait faciliter ces actions et je pense que les idées qui sont lancées pour entrevoir une démarche Maghreb et autre, il faut les considérer aujourd’hui comme non pas des actions bilatérales mais multilatérales, en disant et en faisant admettre à tout un chacun la particularité de nos pays. Ceci a été très admis même au sein de l’OMC. Aujourd’hui il y a des idées qui sont en train de se développer de partout, nous allons aujourd’hui dans un sens d’actions communes. La zone Asie a fait beaucoup d’efforts exceptionnellement bons, qui leurs ont permis d’arriver au point où ils en sont et c’est tout ce que je souhaite pour notre région et je suis persuadé que si nous rentrons dans cette dynamique et que nous accentuons cette démarche, nous pouvons arriver à de bons résultats.Source Webmanagercenter.com

14:50 Publié dans interview | Lien permanent | Commentaires (0)

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